Titre : FilmeX
Année : 2005
Durée : 17 min. 25
Données techniques :
support de tournage : DV
support de diffusion : DV
couleur, sonore
Des films porno gay sont re-filmés en numérique sur un moniteur, recadrant les images, jouant avec les effets liés à l’utilisation des DVD.
À partir de plusieurs séquences, composer un film dans lequel l’interchangeabilité n’est pas l’enjeu. En travaillant les détails, les coupes, un érotisme se dessine, qui confronte tissus, peaux, sexes, écrans.
Le porno, tout le monde, ou presque, connait, mais cette fois-ci, j’ai été surprise.
Le très-ralenti que vous lui imposez, et que donc, vous nous imposez, donne à ce qu’il montre une puissance rare. Il donne à voir ce que d’habitude nous ne voyons pas. Il nous invite à regarder ce que d’habitude nous ne pouvons
regarder, simplement car nous ne sommes pas invités à le faire. Il donne à sentir - à re/sentir - ce que d’habitude nous ne ressentons pas.
Il donne à l’image, mais aussi à l’acte en train de se produire, une épaisseur, et par là-même un sens. Oui, un sens, là où généralement nous n’en percevons pas, ou si peu. Ici, je ne fais pas référence à l’acte du coït en soi, mais à celui de faire étalage d’un coït feint pour le seul
propos de produire une image.
Dans votre film, et grâce au très-ralenti que vous pratiquez, ce même coït devient senti, il devient épaisseur, il devient chair, car l’image en elle-même, transformée par vous, devient chair. Il devient animal, et l’image que vous donnez à voir devient peau.
Une deuxième chose : la bande-son, et votre choix de pratiquer le décalage.
Nous sommes avec le filmeur, c’est-à-dire avec vous.
Nous entendons et nous écoutons le filmeur faire son film, faire ses choix.
Nous tendons l’oreille, et nous nous y prêtons. On pourrait presque dire qu’il y a 2 films dans ce film. Pour une raison que je n’arrive pas à formuler, cela renforce la puissance des images que vous montrez. Ce n’est pas un écran qui occulte, mais une mise en abîme qui révèle.
Et puis il a ces cris de l’orgasme qui viennent nous rappeler très subtilement ce que nous regardons...
Agnès
